Le 5e Élément de Compton change de mains, à la surprise générale. Alors que le restaurant n’était initialement pas à vendre, deux femmes motivées et passionnées de restauration sont allées cogner à la porte de l’établissement.
Le projet est né presque par hasard, autour d’un souper entre amis. Stéfanie Faubert, qui réfléchissait depuis quelque temps à un projet dans le domaine de la restauration, discutait de ses idées avec enthousiasme lorsqu’elle a constaté que la conjointe d’un ami de son conjoint, Stéphanie Le Clair, partageait le même intérêt.
Bien qu’elles ne se connaissent pas depuis longtemps, les deux femmes ont rapidement commencé à discuter plus sérieusement de la possibilité de faire équipe. Leur complémentarité et leur complicité les ont finalement convaincues de se lancer dans l’aventure et de proposer une reprise du fonds de commerce à Denis, alors propriétaire du 5e Élément.
C’est par l’entremise de Corinne, de Que du bonheur, qu’elles ont pu faire sa connaissance. La rencontre a été déterminante. Peu de temps après, elles ont eu un retour positif sur leur offre.
«Rien n’arrive pour rien», résume Stéfanie Faubert, qui dit avoir eu un véritable coup de cœur pour le bâtiment, construit dans les années 1880, ainsi que pour l’ambiance qui s’en dégage. Le désir des deux femmes de voir grandir leur propre projet de restauration pourra enfin s’assouvir.
Pourquoi choisir la restauration à Compton?
Pour les deux nouvelles copropriétaires, le choix de Compton allait de soi. Elles y habitent toutes les deux, à quelques minutes seulement du restaurant.
Avec leurs familles, qui comptent au total sept enfants, cette proximité représente aussi une façon de concilier leur vie personnelle avec leur nouveau projet professionnel.
«On ne voulait pas aller ouvrir un restaurant à Sherbrooke et faire des allers-retours constants pour demeurer auprès de notre famille. De cette façon, la porte est débarrée et nos enfants peuvent venir nous voir facilement à pied depuis l’école, qui est juste à l’arrière. Ça va être un espace convivial», explique Stéfanie Faubert.
Le restaurant deviendra donc, en quelque sorte, une deuxième maison pour les deux familles.
Une cuisine gourmande, sans étiquette et accessible
Bien que le nom et le concept du restaurant soient conservés, les nouvelles propriétaires souhaitent y apporter leur propre couleur. Elles parlent d’un «5e Élément 2.0».
Mme Faubert sera principalement responsable de la cuisine et de la création des menus. Elle ne souhaite toutefois pas enfermer l’établissement dans un style culinaire précis. Il ne sera donc pas question d’une cuisine strictement italienne, française ou associée à une autre tradition. L’objectif est plutôt de proposer une cuisine maison, généreuse, gourmande et préparée à partir d’ingrédients les plus locaux possible. Les copropriétaires souhaitent travailler avec des producteurs des environs afin de privilégier des aliments frais, de saison et issus du terroir régional.
Le menu pourra donc évoluer au fil des saisons, des produits disponibles et des inspirations de la cuisinière.
«On pourrait retrouver, par exemple, du poulet au beurre et le lendemain, une soupe tonkinoise, des plateaux mettant en valeur des artisans locaux, des viennoiseries ou encore des desserts», précise Mme Faubert.
Côté prix, elles souhaitent par ailleurs présenter une certaine accessibilité pour tous. Mme Faubert:
Conscientes que manger au restaurant représente une dépense supplémentaire pour plusieurs familles, elles souhaitent proposer différentes gammes de prix. Bien que les produits du terroir puissent être plus coûteux, les deux entrepreneures estiment que cette différence est justifiée puisqu’elle permet de soutenir les producteurs et les entreprises de la région.
Une offre qui ira bien au-delà des repas au restaurant
Le projet ne s’arrêtera pas au service aux tables. Les nouvelles propriétaires souhaitent notamment développer une offre de prêt-à-manger. Les produits offerts au comptoir pourront évoluer au fil des saisons. On pourrait entre autres y trouver des viennoiseries, des desserts, des sandwichs et des bols.
Des boîtes à lunch pour les entreprises sont également dans les plans. Les copropriétaires souhaitent par ailleurs développer des liens avec les gîtes et les entreprises touristiques de la région afin de créer des occasions de faire découvrir le restaurant aux visiteurs.
Le site Internet de l’établissement doit aussi être complètement revu de façon à faciliter la prise de commandes, tant pour le volet prêt-à-manger que pour le restaurant.
Une fois le site Web complété, les clients devraient notamment pouvoir commander leurs repas à l’avance s’ils sont pressés sur l’heure du midi, afin de pouvoir manger en 30 minutes s’ils le souhaitent, explique Mme Faubert.
Une ouverture progressive cet automne
Il faudra toutefois encore patienter avant de retrouver les portes du 5e Élément ouvertes sous sa nouvelle administration.
Aucune date officielle n’est arrêtée pour le moment. Les copropriétaires souhaitent prendre le temps de tester leurs recettes, de roder leur fonctionnement et de préparer l’équipe avant de lancer officiellement les activités. Elles visent néanmoins une ouverture en novembre ou en décembre.
Certains groupes ont déjà manifesté leur intérêt pour réserver le restaurant, notamment pour des soupers de Noël. Des réservations sont même déjà inscrites à l’horaire alors que le restaurant n’a pas encore rouvert.
Les deux femmes acceptent également de prendre des demandes pour des événements à venir, mais elles précisent que les possibilités dépendront de leur capacité à assurer le service et la qualité souhaitée. Elles prévoient commencer avec une ouverture du mercredi au dimanche, tout en restant prêtes à ajuster leurs horaires selon l’achalandage et la demande.
À plus long terme, elles aimeraient pouvoir offrir des déjeuners, des dîners et des soupers plus régulièrement, mais elles veulent éviter de brûler les étapes.
Les deux femmes sont également mères et souhaitent trouver un équilibre entre leur entreprise et leur vie familiale. Il est donc possible qu’elles modulent leurs heures d’ouverture au début, le temps de s’adapter à ce nouveau rythme de vie.
Une équipe réduite pour commencer
Pour leurs débuts, les deux «Stéphanie» seront principalement aux commandes.
Stéphanie Le Clair prendra notamment en charge le service, tandis que Stéfanie Faubert se concentrera davantage sur la cuisine. Elles veulent toutefois fonctionner en équipe et ne comptent pas nécessairement limiter chacune son rôle.
«On va valser les unes avec les autres», dit Mme Le Clair.
Il pourrait donc arriver que la cuisinière sorte de la cuisine pour présenter une assiette à un client ou que Mme Leclerc donne un coup de main ailleurs dans le restaurant.
D’autres membres pourraient éventuellement se joindre à l’équipe. Les copropriétaires parlent de «belles surprises» à venir, sans vouloir dévoiler tous leurs projets pour le moment.
Une nouvelle image, sans effacer l’histoire du 5e Élément
Des travaux sont en cours dans le restaurant, mais il ne s’agit pas d’une transformation complète. Les copropriétaires souhaitent plutôt rafraîchir l’endroit et lui donner leur propre personnalité tout en conservant plusieurs éléments auxquels les habitués sont attachés.
La grande planète Terre, le vélo et les éléments décoratifs associés aux quatre éléments seront notamment conservés.
L’objectif est que les clients reconnaissent immédiatement le 5e Élément en franchissant la porte, tout en ayant l’impression d’entrer dans un restaurant qui a bénéficié d’un nouveau souffle.
La salle compte actuellement 40 places à l’intérieur et 35 à l’extérieur, pour une capacité totale de 75 personnes. Les nouvelles propriétaires souhaitent également prolonger la saison de la terrasse en ajoutant l’équipement nécessaire pour rendre l’espace extérieur plus confortable durant l’automne.
Des soirées avec musique pourraient aussi éventuellement voir le jour. Les copropriétaires réfléchissent notamment à la possibilité d’accueillir des chansonniers, particulièrement à l’extérieur durant la belle saison.
Deux parcours différents qui se complètent
Les deux nouvelles copropriétaires arrivent avec des expériences différentes dans le domaine de la restauration.
Stéphanie Le Clair cumule plus de 14 ans d’expérience en restauration. Elle a commencé dans une cantine avant de travailler notamment chez Tim Hortons, dans des bars et dans plusieurs restaurants, dont les établissements Caffuccino. Elle a également travaillé au Coco Frutti. Elle a donc travailler tous les quarts de services allant du matin au soir. Son expérience est surtout liée au service à la clientèle, un aspect qu’elle dit particulièrement apprécier.
De son côté, Stéfanie Faubert a développé différentes expériences en cuisine et en entrepreneuriat. Pendant la pandémie, elle avait notamment lancé Simple et Sweet, une entreprise de desserts à Coaticook. Elle a ensuite travaillé dans le domaine du sushi à Sherbrooke (une franchise qu’elle avait achetté), une expérience de chef à la maison qu’elle qualifie d’«école incroyable». Elle souhaitait depuis longtemps lancer un projet sous son propre nom. La reprise du 5e Élément représente donc une nouvelle étape dans son parcours.
Elle dit d’ailleurs aborder ce projet avec davantage de confiance après les expériences professionnelles qui l’ont précédée. Mme Faubert explique :
Les défis à venir
Le mot d’ordre des «Stéphanie» est de «rester à une échelle qu’on peut contrôler». Plutôt que de chercher à grossir rapidement, elles veulent commencer petit, maîtriser leur offre et s’assurer que la qualité du service et de la nourriture demeure au centre de leurs décisions.
Elles savent que le défi sera important, notamment en ce qui concerne l’achalandage, le recrutement et la gestion des horaires. Mais elles disent déjà sentir un important soutien dans la communauté. Des producteurs attendent leur ouverture, des clients les questionnent déjà sur la date de reprise et des réservations sont entrées pour des événements lors du temps des fêtes.
Le projet comporte néanmoins son lot d’incertitudes et de nervosité. Les deux «Stéphanie» parlent d’une véritable montagne russe d’émotions, entre l’enthousiasme, le stress et les moments de doute.
Elles veulent toutefois avancer étape par étape.
Pour l’instant, elles ont acheté le fonds de commerce et demeurent locataires du bâtiment, avec un bail de cinq ans. Elles aimeraient avoir la possibilité de devenir propriétaires de l’immeuble un jour, mais souhaitent d’abord voir comment évoluera leur nouvelle aventure.
Une communauté déjà mobilisée
Les nouvelles copropriétaires se disent particulièrement touchées par les réactions reçues depuis l’annonce de leur arrivée au 5e Élément.
Des citoyens et des entrepreneurs leur offrent du temps et leur donnent un coup de main dans les travaux, tandis que d’autres leur font déjà part de leur enthousiasme à l’idée de voir le restaurant reprendre vie. Pour elles, cette mobilisation illustre aussi ce qui fait la force d’une petite communauté comme Compton.
«Tout le monde met la main à la pâte et tout le monde est autant excité que nous. La confiance qu’ils nous donnent aussi, c’est ça qui nous manque certains jours. Mais de voir les gens autour de nous et de constater qu’ils croient au projet, ça vient vraiment nous chercher. Alors, on sait qu’on fait la bonne affaire», affirme Mme Faubert en parlant de la participation de leur entourage.
Une chose est certaine : le 5e Élément devrait rouvrir ses portes cet automne, avec deux nouveaux visages aux commandes et la volonté de conserver l’âme du restaurant tout en lui donnant une nouvelle direction.
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