À l’approche du vote par anticipation, l’analyste politique Rodolphe Husny estime que Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime ont réussi à imposer leur stratégie au cours des trois débats des chefs.

Charles Milliard aurait pour sa part gagné en crédibilité, tandis que Ruba Ghazal serait parvenue à consolider son électorat. Christine Fréchette ferait cependant face à une fin de campagne plus difficile.

Paul St-Pierre Plamondon demeure en position de force

Selon Rodolphe Husny, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, avait un défi bien précis : conserver son avance et éviter de commettre une erreur susceptible de modifier le cours de la campagne.

Malgré quelques passages plus difficiles et certains moments où il s’est retrouvé sur la défensive, le chef péquiste n’aurait pas été déstabilisé par ses adversaires.

«Personne n’a réussi à le désarçonner», a résumé l’analyste politique lors de sa chronique diffusée vendredi matin sur les ondes de CIGN FM.

Rodolphe Husny souligne également les efforts du chef péquiste pour projeter une image plus chaleureuse. Paul St-Pierre Plamondon aurait notamment gardé une photo de ses enfants parmi ses documents afin de l’aider à sourire et à présenter un langage non verbal plus sympathique.

Sa position dans sa propre circonscription lui procurerait aussi un avantage stratégique. Comme son siège semble relativement solide, il pourrait consacrer les derniers jours de la campagne à visiter des circonscriptions où les courses sont plus serrées et à soutenir les candidats de son parti.

Éric Duhaime fidèle à son plan de match

Éric Duhaime aurait également livré une bonne performance pendant les débats, selon Rodolphe Husny. Le chef du Parti conservateur du Québec serait demeuré fidèle à son plan de match en présentant ses idées et en profitant des échanges entre ses adversaires pour intervenir.

L’analyste estime notamment qu’Éric Duhaime a réussi à placer Charles Milliard sur la défensive dans le dossier de Northvolt. Le chef libéral a alors défendu l’appui qu’il avait accordé au projet.

Pour Rodolphe Husny, le chef conservateur a su intégrer efficacement ses messages clés aux différents débats. Il devrait maintenant concentrer ses efforts dans la région de Québec, où son parti espère réaliser des gains.

La capacité du Parti conservateur à faire sortir son vote demeure toutefois à démontrer. Son électorat, généralement plus jeune, pourrait être plus difficile à mobiliser lors du vote par anticipation et le jour du scrutin.

Charles Milliard gagne en crédibilité

Rodolphe Husny observe une progression importante chez Charles Milliard entre le premier et le troisième débat. Selon lui, le chef du Parti libéral du Québec aurait progressivement gagné en assurance et en crédibilité.

L’analyste croit toutefois que Charles Milliard s’est davantage présenté comme un éventuel chef de l’opposition officielle que comme un futur premier ministre. Un gain d’une dizaine de circonscriptions représenterait déjà, selon lui, un résultat intéressant pour le Parti libéral.

Charles Milliard a également décoché l’une des attaques les plus marquantes de la campagne contre Christine Fréchette en lui rappelant qu’elle avait occupé des responsabilités ministérielles liées à l’économie et à l’immigration, deux dossiers qu’il juge mal administrés par la CAQ.

Le chef libéral doit toutefois poursuivre ses efforts dans Orford et en Estrie. Ses nombreux passages dans la région démontrent, selon Rodolphe Husny, que l’issue de la course demeure incertaine dans plusieurs circonscriptions.

Ruba Ghazal consolide son électorat

La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, serait elle aussi demeurée fidèle à son message pendant les débats. Elle a principalement cherché à présenter sa formation politique comme un rempart contre les compressions dans les services publics.

Rodolphe Husny estime qu’elle a réussi à formuler des messages efficaces et à consolider les appuis de Québec solidaire.

La formation politique devra maintenant défendre ses acquis à Montréal et dans la région de Québec, en plus de tenter de conserver la circonscription de Sherbrooke, représentée jusqu’ici par Christine Labrie.

Une fin de campagne difficile pour Christine Fréchette

Selon Rodolphe Husny, Christine Fréchette fait face au défi le plus important des cinq chefs. Après deux mandats de la Coalition avenir Québec, elle doit convaincre les électeurs qu’un changement de direction peut renouveler le gouvernement sans représenter une simple continuité de l’ère de François Legault.

L’analyste dit avoir perçu trois images différentes de la cheffe caquiste pendant les débats : une candidate plus combative lors du premier affrontement, une dirigeante davantage technocrate au deuxième, puis une femme plus émotive et personnelle lors du dernier débat.

Cette évolution pourrait avoir rendu son positionnement plus difficile à définir auprès de l’électorat.

Christine Fréchette multiplie maintenant les déplacements dans des circonscriptions stratégiques. Sa visite à Coaticook lui a notamment permis de rejoindre les électeurs de Saint-François et d’Orford. Elle s’est ensuite rendue à Granby avant de poursuivre sa préparation en vue du dernier débat.

Elle doit également consacrer du temps à Trois-Rivières, où son élection ne serait pas assurée. Cette situation limite sa capacité à soutenir les candidats caquistes ailleurs au Québec.

Le vote par anticipation, premier test des organisations

Les journées de vote par anticipation de dimanche et lundi constitueront un premier test important pour les organisations politiques, rappelle M. Husny.

Les partis chercheront à faire voter rapidement leurs sympathisants les plus convaincus afin de pouvoir consacrer leurs ressources, le jour du scrutin, aux électeurs plus difficiles à mobiliser.

Dans les circonscriptions où quelques centaines de voix peuvent faire la différence, la force des équipes locales, le nombre de bénévoles et la capacité de transporter les électeurs jusqu’aux bureaux de vote pourraient devenir déterminants.

Le Parti québécois et le Parti libéral disposent traditionnellement d’organisations électorales bien établies. La fin de la campagne permettra également de mesurer ce qu’il reste de la machine caquiste et d’évaluer, pour la première fois, la capacité du Parti conservateur à mobiliser pleinement son électorat.