Photo gracieuseté de M. David Goudreault

Pour sa cinquième édition, la Grande Nuit de la poésie de Saint-Venant-de-Paquette du 15 août procahin entend une fois de plus transformer le petit village de la MRC de Coaticook en véritable rendez-vous littéraire. Cette année, l’événement mise particulièrement sur la jeunesse et la relève, tout en conservant les ingrédients qui ont contribué à son succès au fil des éditions.

Le directeur artistique de la Grande Nuit de la poésie, David Goudreault, ne cache pas son enthousiasme à l’approche de cette cinquième édition. Pour lui, l’un des faits marquants sera la place accordée aux jeunes.

Cinq écoles, dont quatre de Sherbrooke et celle de Saint-Malo, participeront notamment à l’événement. Des élèves monteront sur scène pour présenter leurs poèmes et leurs slams, dans le cadre d’une programmation qui réunira aussi des artistes et des personnalités bien établis. Hélène Dorion, Normand Baillargeon, Patrice Michaud, Claire Pelletier et Manu Militari figurent notamment parmi les invités. Des conférences portant sur la démarche artistique de certains créateurs s’ajouteront aux prestations.

Cette volonté de faire une place à la relève découle en partie du succès remporté par les jeunes lors de la dernière édition.

«On voyait qu’ils découvraient l’art de la scène, le plaisir de dire un poème, d’être entendus, de s’exprimer», raconte David Goudreault.

L’organisation a donc travaillé en amont avec les écoles, notamment grâce à une collaboration avec la Fondation pour les élèves du Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS). Des ateliers et des conférences ont permis aux jeunes de se familiariser avec la poésie avant même leur arrivée à Saint-Venant-de-Paquette.

Une formule qui a fait ses preuves

Si la jeunesse prend davantage de place cette année, les habitués retrouveront plusieurs des éléments qui font l’identité de la Grande Nuit de la poésie.

Le karaoké de bohèmes, les micros ouverts, la chanson, les lectures, les conférences et les prestations se succéderont pendant une douzaine d’heures, de 15 h à 3 h du matin. Trois scènes permettront de multiplier les propositions et de faire cohabiter poésie, littérature, chanson, slam et rap.

«C’est un beau mélange des gens et des genres», résume le directeur artistique.

Lors de la dernière édition, plus de 1500 personnes avaient convergé vers Saint-Venant-de-Paquette, un village qui compte à environ 70 personnes. Un contraste qui illustre bien le caractère particulier de l’événement : pendant quelques heures, une petite communauté rurale devient le point de rencontre de centaines, voire de milliers d’amateurs de culture.

M. Goudreault croit que l’événement passe parfois un peu sous le radar en raison de sa localisation en milieu rural, mais qu’il n’a rien à envier aux autres festivals du genre au Québec. Selon le directeur artistique, il compterait même parmi les plus importants festivals littéraires de la province.

Un village qui «renonce à renoncer»

Cette capacité à attirer les visiteurs ne s’est toutefois pas développée par hasard. À Saint-Venant-de-Paquette, la culture et la poésie occupent une place importante depuis plusieurs décennies, selon le directeur artistique.

Le village porte d’ailleurs depuis longtemps le slogan «un village qui renonce à renoncer». Il y a plus de 20 ans, Richard Séguin a contribué à l’émergence du Sentier poétique, un parcours aménagé dans la montagne où les visiteurs peuvent découvrir des poèmes installés au fil du chemin.

Le projet est depuis entretenu par des citoyens et des bénévoles du village.

«C’est un village d’agriculture et de culture», souligne Goudreault. Le festival permet ainsi de prolonger, sur une seule journée, cette vocation culturelle qui se manifeste toute l’année.

La force d’un petit village

Derrière la programmation imposante se trouve pourtant une organisation relativement modeste. Le noyau dur de la Grande Nuit de la poésie compte quatre personnes, auxquelles s’ajoutent les Amis du patrimoine de Saint-Venant-de-Paquette et de nombreux bénévoles.

Cette mobilisation locale est essentielle à la survie de l’événement, selon M. Goudreault.

«Ça serait impossible sans la mobilisation de plusieurs citoyens de Saint-Venant, les TLM, comme on dit : toujours les mêmes», affirme-t-il. C’est grâce à la contribution de toutes ces personnes que la fête peut demeurer gratuite. La Grande Nuit de la poésie demeure un événement biennal; M. Goudreault estime que ce rythme permet aux bénévoles de poursuivre leur travail sans s’épuiser.

La ruralité impose aussi une certaine débrouillardise. Pour accueillir les festivaliers qui souhaitent rester sur place, un agriculteur prête notamment un champ pour le stationnement et le camping.

Quand la frontière devient une anecdote

La proximité de la frontière américaine ajoute par ailleurs une touche pour le moins originale à l’expérience.

Les visiteurs américains ne sont pas nécessairement nombreux à traverser la frontière pour assister à l’événement. «C’est plutôt nos visiteurs qui se rendent du côté des États-Unis», raconte M. Goudreault, après avoir vu des poètes quitter Saint-Venant-de-Paquette au petit matin pour aller déjeuner de l’autre côté de la frontière.

«Vers cinq ou six heures du matin, on voit des poètes partir, aller prendre leur petit déjeuner aux États-Unis», raconte-t-il avec amusement.

Une situation qui résume assez bien l’esprit de l’événement : une grande fête littéraire implantée dans un minuscule village, à quelques kilomètres de la frontière, où les artistes peuvent déclamer leurs textes une partie de la nuit avant d’aller manger des œufs et des pommes de terre «hash browns» chez les voisins américains au lever du jour, comme le raconte M. Goudreault.

Une cinquième édition qui veut marquer le coup

Pour cette cinquième édition, l’organisation a choisi de réunir plusieurs artistes qui ont marqué les précédentes éditions, tout en donnant davantage de place aux enfants et à la relève.

Cette année, l’organisation espère franchir à nouveau le cap des 1000 visiteurs et pourrait même s’approcher du nombre de participants enregistré lors de la précédente édition. Les festivaliers proviennent d’ailleurs de plusieurs régions du Québec. Certains feront un long déplacement pour l’occasion, notamment des visiteurs de Val-d’Or et des Îles-de-la-Madeleine.

Et pendant douze heures, Saint-Venant-de-Paquette prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être une grande ville pour accueillir un événement culturel d’envergure.

Pour connaitre la programmation complète, cliquez ici. L’évènement se déroule de 15h à 3h du matin du 15 au 16 août 2026.

Vallée du village de Saint-Venant-de-Paquette