Photo de gauche à droite : Serge Lebel, Jean Jeanson, Léo-Paul Robert, Marc Dauphin et Michel Lemieux
Cent ans après la fondation de la Légion royale canadienne, cinq vétérans se sont réunis vendredi matin, à 11 h, au parc Chartier de Coaticook, afin de souligner cet anniversaire chargé de mémoire. Dans la sobriété et le recueillement, une couronne commémorative a été déposée en hommage aux anciens camarades disparus, rappelant qu’au-delà des cérémonies du jour du Souvenir, la mission de la Légion demeure, chaque jour, de préserver l’héritage de celles et ceux qui ont servi le Canada.
Le 17 juillet 1926 marque officiellement la naissance de la Légion royale canadienne. Un siècle plus tard, les membres de la filiale de Coaticook ont tenu à rappeler les raisons profondes qui ont mené à sa création.
Il explique que l’organisation est née dans la foulée de la Première Guerre mondiale, un conflit qui a profondément marqué le pays.
«La Première Guerre mondiale a fait environ 66 000 morts au Canada, à une époque où le pays comptait seulement huit millions d’habitants. Si on transpose ces pertes à la population actuelle, ce serait comme perdre plus de 330 000 Canadiens en quatre ans. C’était une véritable catastrophe.» a rappelé le vétéran et médecin militaire Marc Dauphin.
Au-delà des pertes humaines, plusieurs soldats sont revenus profondément marqués par les combats.
«Les horreurs des tranchées, les bombardements incessants… plusieurs souffraient de ce qu’on appelle aujourd’hui un stress post-traumatique. La Légion a été créée pour permettre à ces anciens combattants de s’entraider après cette immense tragédie.», ajoute M. Dauphin.
Une mission qui dépasse les anciens combattants
Si la Légion est intimement associée aux militaires, elle accueille aujourd’hui toute personne qui souhaite contribuer au devoir de mémoire.
«Le but de la Légion, c’est de garder vivante la mémoire de ceux qui ont servi, particulièrement de ceux qui ne sont jamais revenus», rappelle M. Dauphin.
À Coaticook, cette mémoire est gravée dans la pierre du cénotaphe.
Selon les données rappelées lors de la cérémonie, seize citoyens de la région ont perdu la vie durant la Première Guerre mondiale et quinze autres lors de la Seconde Guerre mondiale. Aucun militaire originaire de Coaticook n’aurait toutefois perdu la vie pendant la guerre de Corée, les missions de paix de l’ONU ou la guerre en Afghanistan.
La principale mission de la filiale demeure l’organisation annuelle des cérémonies du jour du Souvenir, mais les membres souhaitent également transmettre cette histoire aux générations futures.
Honorer les camarades disparus
La cérémonie de vendredi ne visait pas uniquement à souligner le centenaire de la Légion royale canadienne. Les vétérans présents ont également voulu rendre hommage à leurs propres camarades aujourd’hui disparus, ceux qui ont partagé leur engagement et leur dévouement au fil des années.
«Nous avons déposé une couronne en souvenir de tous nos anciens camarades de la Légion, pas seulement ceux qui sont morts à la guerre», a rappelé M. Dauphin.
L’année dernière a marqué une page importante de l’histoire locale alors que la filiale de Coaticook a perdu ses trois derniers camarades ayant servi durant la Deuxième Guerre mondiale. «Ils avaient presque tous une centaine d’années», souligne-t-il.

Une partie des médailles qui ornent l’uniforme de M. Marc Dauphin.
Aujourd’hui, l’un des derniers vétérans de la guerre de Corée associés à la filiale de Coaticook est toujours vivant. M. Dauphin insiste sur l’importance de transmettre le parcours et les témoignages de ces anciens combattants, en faisant référence à M. Onil Beaudouin.
Ces départs successifs rappellent toute l’urgence de préserver la mémoire de celles et ceux qui ont vécu ces événements, avant que leurs récits ne disparaissent avec eux.
En évoquant la perte de leurs camarades au fil des années, les vétérans ont parlé de la mort avec un mélange d’humour, de résilience et de lucidité.
«Quand tu as affronté la mort et que ça peut t’arriver dans la prochaine minute, tu t’habitues», résume M. Dauphin.
Une phrase qui témoigne à la fois de la force de caractère de ces hommes et du poids des expériences vécues en service. Autour du monument commémoratif, les silences solennels et les sourires échangés entre les vétérans rappelaient que derrière chaque uniforme se cache une histoire et une profonde compréhension du poids de ces mots.
Pour les membres de la Légion, se rapprocher de l’histoire de ces hommes et de ces femmes demeure essentiel. Écouter leurs récits, comprendre leur parcours et reconnaître leur contribution permet non seulement d’honorer leur mémoire, mais aussi de préserver une partie fondamentale de l’histoire de notre nation pour les générations à venir.
Le vendredi en rouge : une tradition toujours vivante
Pour Michel Lemieux, ancien membre de la Légion alors qu’il habitait à Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, certains gestes continuent de symboliser cette reconnaissance.
«Quand je vivais à Inuvik, tous les vendredis, on portait un chandail rouge pour rendre hommage aux anciens combattants.»
Une tradition qui, selon les membres présents, est toujours observée dans plusieurs communautés canadiennes.
Une vie consacrée au service des jeunes via le corps des cadets
Parmi les cinq vétérans présents figurait également Léo-Paul Robert, figure bien connue à Coaticook.
Ancien artilleur, enseignant en sciences pendant plus de trente ans à la polyvalente et dernier commandant de la 72e Batterie avant sa fermeture, il demeure particulièrement fier d’avoir fondé le corps de cadets de Coaticook.
À ses yeux, les cadets représentent beaucoup plus qu’une activité militaire.
Ils permettent aux jeunes d’apprendre le respect, la discipline, le sens des responsabilités et l’esprit d’équipe.
«Les cadets apprennent à se respecter entre eux et à respecter l’autorité. Ce sont des valeurs importantes qui les accompagnent toute leur vie.»
Plusieurs anciens cadets ont choisi de poursuivre une carrière militaire ou dans les réserves, certains atteignant même les plus hauts grades.
Un siècle de mémoire… et un avenir à construire
Les membres de la filiale de Coaticook souhaitent maintenant que la population continue de s’intéresser à la Légion.
L’organisation rappelle que l’adhésion n’est pas réservée aux militaires ou aux vétérans. Toute personne désirant contribuer à préserver la mémoire des anciens combattants peut en faire partie.
À l’occasion des célébrations du centenaire, un livre de témoignages est également mis à la disposition de la population. Les citoyens sont invités à y inscrire le nom d’un proche ayant servi sous les drapeaux, un souvenir ou un message de reconnaissance. Ce recueil sera ensuite transmis à la direction nationale de la Légion royale canadienne afin de faire partie des commémorations du centenaire à l’échelle du pays. Les personnes intéressées sont invitées à venir les rencontrer au Centre Gérard-Couillard ce samedi, dans le cadre du Circuit des arts.
Cent ans après sa création, la Légion royale canadienne souhaite demeurer fidèle à la mission qui lui a été confiée au lendemain de la Première Guerre mondiale : soutenir les vétérans, accompagner leurs familles et, surtout, faire en sorte que le sacrifice de ceux qui ont servi ne sombre jamais dans l’oubli.
Vendredi matin, au parc Chartier, les cinq vétérans réunis autour du monument commémoratif honoraient bien plus que le passage de leurs proches dans les Forces armées canadiennes. Ils rendaient hommage à des générations entières de Canadiens et de Canadiennes qui ont consacré leur vie, ou une partie de celle-ci, à servir leur pays.
