À première vue, le métier de barbier consiste à tailler des cheveux et entretenir des barbes. Pour Simon Champagne, propriétaire du 4eme Lieu à Coaticook, il s’agit surtout d’offrir un espace où les gens peuvent prendre le temps de parler, de souffler et, parfois, de se confier.

Installé dans la région depuis environ cinq ans, Simon Champagne explique avoir quitté la Rive-Sud de Montréal pour réaliser un projet de vie plus paisible. Après avoir vendu son salon, il a choisi de s’établir à Sainte-Edwidge-de-Clifton avant d’ouvrir un barbier à Coaticook.

«À la base, c’était pour l’accès à la propriété. Sur la Rive-Sud, ça coûte très cher de s’établir. J’ai eu l’occasion de construire une mini-maison, puis on m’a proposé d’ouvrir un barber shop ici, parce qu’il n’y en avait plus.»

Un rythme de vie différent

Le barbier dit avoir rapidement remarqué une différence dans la façon dont les citoyens vivent leurs relations.

«Les gens sont beaucoup moins stressés. Ils prennent les choses comme elles viennent. Je trouve ça beaucoup plus sain et beaucoup plus agréable à vivre.»

Au fil des rendez-vous, des liens se créent avec la clientèle.

«Quand t’es barbier, t’es toujours dans le « sweet spot » entre un psy et un chum. Tu fais partie du quotidien des gens. À force de se voir chaque mois, tu finis par créer des relations plus profondes.»

Un besoin de mieux soutenir les hommes

La discussion prend ensuite une tournure plus personnelle lorsque Nadia Fortin aborde la santé mentale des hommes.

Selon Simon Champagne, plusieurs vivent de l’isolement et hésitent encore à demander de l’aide.

«Quand on a des vrais problèmes ou qu’on se sent seul, c’est justement de ça qu’on devrait parler. Pourtant, c’est souvent la première chose qu’on veut taire.»

À son avis, la solution ne passe pas uniquement par de nouveaux services spécialisés.

«Je ne suis pas convaincu que ce soit un service. J’ai plus l’impression qu’il faut donner aux gars l’occasion de se sentir importants dans leur communauté. Donnez-leur un marteau, une scie, laissez-les aider. Quand ils sentent que leurs actions servent à quelque chose, ça change beaucoup de choses.»

La nature comme refuge

Pour préserver son équilibre, Simon Champagne privilégie les activités en plein air.

«Le plus possible, je vais en nature. J’adore être sur l’eau, me baigner ou simplement aller dans un endroit où il n’y a pas de bruit. Le silence me fait beaucoup de bien.»

Parmi ses endroits favoris, il mentionne notamment l’écosentier de Johnville ainsi que le parc Harold F. Baldwin, tout en souhaitant que certains sentiers fermés puissent éventuellement être réhabilités.

Un projet personnel exigeant

En parallèle de son entreprise, Simon Champagne consacre une grande partie de son temps à l’autoconstruction de sa maison, un chantier qu’il mène presque seul.

«Ça fait un an que je suis là-dessus. C’est très prenant. J’ai hâte de finir.»

Malgré cet important projet, il continue d’accorder une grande place aux échanges avec sa clientèle.

«Des fois, un client reste une heure de plus juste pour jaser. C’est souvent là que les conversations deviennent les plus intéressantes.»

Pour Simon Champagne, le barbier est bien plus qu’un commerce de proximité : c’est un lieu où les histoires se croisent, où les liens se tissent et où quelques minutes passées sur une chaise peuvent parfois faire toute la différence.