La question des besoins énergétiques du Québec est souvent soulevée quand vient le sujet du potentiel projet éolien qui pourrait être implanté dans la MRC de Coaticook. Qu’en est-il vraiment? 

Le 9 octobre dernier, une conférence a été organisée par des citoyens de la MRC concernant le projet éolien d’Innergex à Coaticook. Les deux invités : un chercheur associé à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) et doctorant en sociologie, Krystof Beaucaire, ainsi qu’un analyste indépendant du secteur de l’énergie, Jean-François Blain.

Lors de la conférence, M. Blain a partagé son analyse des besoins énergétiques de la province. Selon lui, le Québec ne rencontre pas de manque d’énergie ou de problème d’approvisionnement. Il a également qualifié le Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec de «pharaonique», étant donné que la société d’état prévoit que la consommation totale d’électricité au Québec augmenterait de 50 TWh dans les dix prochaines années. À titre comparatif, la consommation a augmenté de 17 TWh entre 2003 et 2023.

L’analyste estime donc que les besoins énergétiques futurs de la province sont surévalués par Hydro-Québec. Alors, a-t-on vraiment besoin de plus d’énergie au Québec?

Une question de prix

Selon le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie et professeur à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, l’enjeu se situe plutôt au niveau des prix. Si la quantité d’énergie disponible est actuellement suffisante, elle ne permettra pas nécessairement de garder l’électricité à bas prix si la demande augmente. Et la demande risque bien d’augmenter avec l’électrification, la transition énergétique et la demande grandissante d’énergie dans certains secteurs industriels.

Ainsi, le professeur préconise l’avenue de l’efficacité énergétique, très intéressante pour réduire la consommation et le coût du compte d’électricité pour les consommateurs. Toutefois, cette approche d’efficacité énergétique requiert des investissements (par exemple : meilleure isolation des maisons, dispositifs géothermiques, etc.), et ses effets positifs comme la baisse de consommation et du prix se font ressentir à long terme.

De son côté, Hydro-Québec s’engage plutôt sur une autre voie, celle de produire davantage d’énergie. Mais au final, une augmentation de la production pourrait se répercuter à la hausse sur le prix de l’électricité, prévient Pr Pineau.

Et le projet éolien de Coaticook?

En ce qui concerne le projet d’Innergex à Coaticook, Pierre-Olivier Pineau ne voit pas d’un mauvais œil le fait que le projet soit mené par une entreprise privée. Parfois, «le privé a une expertise et une agilité qu’une grosse structure comme Hydro-Québec n’a pas». Il indique que la société d’état a beaucoup de connaissances en hydroélectricité, mais assez peu en énergie éolienne, ce qui explique le choix de se tourner vers les compagnies privées.

Il y a bien des éléments à considérer dans les projets éoliens comme celui d’Innergex à Coaticook, ajoute le professeur. Il est notamment question du coût des projets, des redevances et d’aménagement du territoire, des points qui varient selon le projet. «Dans notre société moderne, il faut accepter certaines perturbations [comme l’impact visuel des éoliennes] pour avoir de l’énergie», estime-t-il. Le professeur croit même que la présence des éoliennes peut aider à sensibiliser les citoyens et faire comprendre plus concrètement les implications de notre consommation d’électricité.