Alors que les partis politiques amorcent leur dernière fin de semaine de campagne avant le scrutin de lundi, l’analyste politique Rodolphe Husny rappelle que la soirée électorale marquera le début d’une nouvelle carrière pour certains candidats, mais aussi la fin brutale d’un parcours politique pour plusieurs autres.

En chronique à CIGN FM, Rodolphe Husny s’est intéressé à l’aspect humain d’une défaite électorale, un sujet qu’il aborde également dans une chronique publiée dans Le Devoir sous le titre Le jour où le téléphone cesse de sonner.

«Quand tu es député ou ministre, ton téléphone sonne tout le temps. Tout le monde veut ta présence ou une minute de ton temps. Puis, le mardi matin, le téléphone peut arrêter de sonner», a-t-il résumé.

Selon lui, la transition peut être particulièrement difficile pour les élus et les membres du personnel politique qui perdent soudainement leur emploi, leur influence et leur capacité d’intervenir directement dans les dossiers de leur communauté.

Une expérience vécue en 2015

Rodolphe Husny a lui-même travaillé comme conseiller politique au sein du gouvernement conservateur de Stephen Harper. La défaite de 2015 l’a forcé à revoir complètement son parcours professionnel.

Il habitait alors à Ottawa, où il travaillait pour le gouvernement. Après la défaite, il a pris la direction de l’Estrie, où ses parents possédaient un chalet. Cette transition explique en partie son établissement dans la région.

L’analyste reconnaît que les politiciens ne sont pas nécessairement à plaindre, mais il invite la population à considérer les sacrifices personnels et familiaux qui accompagnent souvent une carrière publique.

«Ils sont humains. Ils se sont lancés en politique parce qu’ils voulaient changer les choses», a-t-il souligné, évoquant notamment les longues heures de travail, les absences familiales et la pression constante.

Il estime également qu’il peut falloir plusieurs années avant que d’anciens élus ou employés politiques obtiennent une certaine reconnaissance pour leur contribution.

Une campagne sans promesses extravagantes

Sur le plan politique, Rodolphe Husny juge que la campagne s’est déroulée sans grandes promesses extravagantes, notamment en raison du contexte financier difficile.

Il observe toutefois que certains partis ont passé une grande partie de la campagne sur la défensive. Québec solidaire tente notamment de conserver ses acquis, particulièrement dans la circonscription de Sherbrooke, tandis que la Coalition avenir Québec doit composer avec l’usure du pouvoir après deux mandats.

L’analyste croit que le remplacement d’un chef n’aurait pas nécessairement permis à ces formations d’obtenir de meilleurs résultats.

À l’inverse, il estime que le Parti québécois, le Parti conservateur du Québec et, dans une certaine mesure, le Parti libéral ont réussi à créer un certain élan en fin de campagne.

Selon lui, Paul St-Pierre Plamondon a suivi son plan de match en maintenant son parti en tête, tandis qu’Éric Duhaime pourrait surprendre dans certaines circonscriptions. Charles Milliard aurait pour sa part connu un début de campagne plus difficile avant de gagner du terrain dans les derniers jours.

Les chefs concentrent leurs efforts dans les circonscriptions serrées

À l’approche du scrutin, les chefs politiques multiplient les déplacements dans les régions où leur présence pourrait influencer le résultat.

Rodolphe Husny note que Ruba Ghazal s’est rendue en Estrie pour soutenir les candidats solidaires, notamment dans Sherbrooke. Charles Milliard a également concentré une partie de ses efforts dans la région, tandis qu’Éric Duhaime et Paul St-Pierre Plamondon ont visité des circonscriptions considérées comme compétitives dans le Centre-du-Québec.

Cette dernière étape de la campagne sert principalement à mobiliser les sympathisants et à faire sortir le vote.

Le vote par anticipation change les stratégies

Près du quart des électeurs auraient déjà exercé leur droit de vote par anticipation. Pour les organisations politiques, ces votes sont considérés comme étant «en banque», puisqu’ils permettent de concentrer les bénévoles et les ressources sur d’autres électeurs le jour du scrutin.

Cette popularité du vote par anticipation oblige toutefois les partis à revoir leur calendrier. Les annonces dévoilées pendant la dernière semaine risquent d’avoir moins d’effet sur les électeurs ayant déjà voté.

Pour Rodolphe Husny, les derniers jours seront donc consacrés au porte-à-porte et à la mobilisation. Une fois les résultats connus, certains célébreront une victoire, tandis que d’autres devront apprendre à vivre avec le silence soudain qui suit une défaite.