La construction de gigantesques centres de données destinés à soutenir le développement de l’intelligence artificielle suscite de plus en plus de résistance aux États-Unis. Leur consommation d’énergie, leurs répercussions environnementales et les nuisances imposées aux communautés avoisinantes alimentent la grogne, particulièrement dans certaines régions rurales.

Lors de sa chronique diffusée sur les ondes de CIGN FM, le spécialiste en technologie Steve Fortin a expliqué que la course à l’intelligence artificielle pousse les géants du numérique à investir des sommes considérables dans de nouvelles infrastructures.

Ces centres regroupent des milliers de serveurs informatiques qui doivent fonctionner et être refroidis sans interruption. Selon le chroniqueur, certains projets atteignent une taille exceptionnelle et peuvent consommer autant d’électricité qu’une grande ville.

Aux États-Unis, cette demande énergétique est parfois comblée par le gaz naturel, le charbon ou d’autres combustibles fossiles. Cette situation entre en contradiction avec les objectifs de carboneutralité autrefois annoncés par plusieurs entreprises technologiques.

«Il y a deux ans à peine, ces entreprises avaient encore des objectifs de carboneutralité pour 2030, 2035 ou 2040. Dans cette course effrénée à l’intelligence artificielle, ces engagements semblent maintenant relégués au second plan», estime Steve Fortin.

Des conséquences pour les communautés

La multiplication des centres de données entraîne aussi des préoccupations dans les collectivités qui les accueillent. Les citoyens évoquent notamment le bruit constant des équipements, la chaleur dégagée, la consommation d’eau nécessaire au refroidissement des serveurs et les possibles effets sur la qualité de l’air.

Selon Steve Fortin, les turbines au gaz utilisées par certaines installations peuvent produire un grondement continu comparable à celui d’un moteur d’avion. Des résidents dénoncent également la construction de projets à proximité de secteurs agricoles ou résidentiels, parfois sans consultation publique suffisante.

Les retombées économiques à long terme sont aussi remises en question. Si la construction d’un centre de données peut créer plusieurs emplois temporaires, son exploitation nécessite généralement moins de personnel une fois les installations mises en service.

La forte demande énergétique risque également d’exercer une pression sur les réseaux électriques. Dans les régions américaines où les tarifs varient selon l’offre et la demande, l’arrivée d’un important consommateur industriel peut contribuer à faire augmenter les factures des résidents.

Un enjeu politique

Cette opposition citoyenne commence également à prendre une dimension politique. Steve Fortin observe que certains projets sont réalisés dans des régions traditionnellement favorables au Parti républicain, alors que l’administration américaine a assoupli plusieurs normes environnementales et réglementaires afin d’accélérer leur construction.

Le chroniqueur souligne aussi l’influence financière exercée par certains dirigeants de la Silicon Valley dans les campagnes électorales américaines. Malgré les sommes investies et la puissance des plateformes numériques, il estime que les citoyens conservent le dernier mot dans l’isoloir.

Un développement plus responsable au Québec

Steve Fortin croit toutefois que les centres de données peuvent être développés de manière plus responsable. Le Québec dispose notamment d’un avantage important grâce à son hydroélectricité renouvelable et à son climat froid, qui peut faciliter le refroidissement des équipements.

Il propose la création d’un organisme chargé d’encadrer le développement de cette industrie. Certains centres pourraient, selon lui, être aménagés sur d’anciens sites industriels déjà reliés au réseau électrique, comme des scieries ou des usines désaffectées.

Cette stratégie permettrait de réutiliser des infrastructures existantes, de favoriser le développement régional et de limiter les conséquences environnementales de la croissance numérique.

La chronique complète de Steve Fortin et ses autres contenus technologiques peuvent être consultés sur le site MinuteTech.info.