Photo de couverture : gracieuseté du photographe Jimmy Gagnon

Une nouvelle exposition photographique a été lancée le 12 février 2026 au Centre culturel et communautaire de Waterville. Intitulée RURAL : Photographie de rang, elle rassemble 17 images du photographe estrien François Thibeault, réalisées au terme d’une année et demie d’exploration attentive du territoire watervillois.

Il s’agit de la toute première exposition de l’artiste présentée dans la municipalité. Pour l’occasion, résidents, amis, amateurs d’art et curieux se sont réunis au

Les musiciens, Kareya Audet et Tomas Jensen. Photo : Claudia Ferland

365, rue Compton Est pour découvrir une série profondément ancrée dans le paysage local et la mémoire collective. Environ une cinquantaine de personnes étaient présentes. Des musiciens, amis du photographe, ont contribué à l’ambiance artistique de la soirée, tandis qu’une collation était offerte aux invités. 

Un retour à la photographie

Photographe depuis l’âge de 12 ans, M. Thibeault a connu une période plus discrète avant de renouer intensément avec la pratique à l’automne 2024. Le projet s’inscrit dans ce retour réfléchi à l’image, marqué par une approche plus lente, plus consciente.

«C’est beaucoup le mûrissement de ce retour-là à la photo», confie-t-il.

Plutôt que de chercher l’exotisme ou l’ailleurs, le photographe a choisi de tourner son regard vers ce qui l’entoure immédiatement : les rangs, les terres agricoles, les bâtiments parfois oubliés en marge des axes principaux. Résidant à quelques minutes du centre culturel, il a sillonné les routes de campagne au fil des saisons, souvent à l’occasion de détours improvisés sur le chemin du travail, appareil photo toujours à portée de main.

Habiter son territoire

De milliers de clichés captés entre champs, routes secondaires et ciels changeants, l’artiste a d’abord effectué un important travail de tri. Environ 250 images ont été imprimées pour permettre une sélection plus fine et tangible. De ce corpus est née l’exposition actuelle, composée de 17 photographies. «Ce qui m’a le plus étonné, c’est que la photographie rurale, la photo de rang, était de loin la plus présente. C’est ce que j’ai voulu honorer», explique-t-il.

L’exposition met en lumière une particularité propre à Waterville : l’entrelacement du rural et de l’urbain. Les frontières y sont poreuses. Un rang peut déboucher sur un quartier résidentiel; un bâtiment agricole côtoie une rue plus animée. Cette dualité nourrit la démarche du photographe, qui s’inspire de la spontanéité de la photographie de rue, transposée ici en milieu rural.

L’artiste présente ses idées devant une cinquantaine de personnes. Photo : gracieuseté du photographe Jimmy Gagnon

Le résultat : une lecture vivante, actuelle et parfois surprenante d’un paysage pourtant familier.

Pas de paresse

Pour François Thibeault, le plus grand défi demeure la disponibilité à l’instant. La lumière, la brume, un mouvement furtif ou un détail inattendu ne se répètent pas. «Se dire “je reprendrai cette photo-là un autre jour”, c’est impossible», affirme-t-il. Chaque image exposée est donc le fruit d’un moment unique. Une discipline s’est imposée au fil du projet : toujours avoir un appareil à portée de main.

«Le meilleur appareil, c’est celui qu’on a toujours avec soi», rappelle-t-il.

Cette posture d’attention constante donne à la série son caractère introspectif. Au-delà de la simple représentation du paysage, les photographies traduisent un lien intime avec le territoire et ses réalités quotidiennes.

Mémoire collective et patrimoine en transition

Certaines images revêtent également une valeur patrimoniale. L’exposition documente des éléments appelés à évoluer ou à disparaître : bâtiments agricoles transformés, structures vieillissantes, lieux emblématiques comme l’ancienne église.

«Ma photo, ce n’est déjà plus l’église d’aujourd’hui», souligne le photographe, conscient que l’appareil devient ici un outil de mémoire. À travers ces clichés, RURAL : Photographie de rang agit comme une archive sensible d’un territoire en mutation. Elle capte des fragments de vie ordinaire, souvent négligés, mais porteurs d’identité.

Un dialogue avec la communauté

Le vernissage a donné lieu à de nombreux échanges. Plusieurs visiteurs ont reconnu des lieux familiers : un rang emprunté quotidiennement, une terre familiale, un bâtiment chargé de souvenirs. «Tout le monde avait une photo préférée différente. Ça m’a beaucoup touché», raconte M. Thibeault.

L’exposition se veut ainsi un espace de dialogue. À contre-courant du défilement rapide des images sur les réseaux sociaux, elle invite à ralentir, à s’arrêter, à regarder autrement. Elle propose une expérience contemplative où le spectateur est appelé à revisiter son propre rapport au territoire.

Et la suite?

Pour la suite, le photographe souhaite poursuivre la conversation amorcée avec la communauté et continuer à faire rayonner les arts visuels dans la région. À la question de ce qu’on peut lui souhaiter, il répond avec simplicité : «De conserver la curiosité… et de ne pas être trop paresseux.»

Avec RURAL : Photographie de rang, il signe une œuvre à la fois personnelle et collective — un hommage aux paysages de proximité et à ceux qui les habitent, un rang à la fois.

L’événement a bénéficié de l’appui de partenaires, dont MBG Production et la députée de Compton–Stanstead, Marianne Dandurand. Présentée par le Centre culturel et communautaire de Waterville, l’exposition est accessible au public jusqu’au 30 avril 2026.