Une mobilisation interrégionale est prévue le 7 février à Sherbrooke, au Marché de la Gare, alors que citoyens, employeurs, associations, travailleurs et étudiants issus de l’immigration dénonceront les récentes modifications aux politiques d’immigration économique du Québec. Des rassemblements simultanés auront également lieu dans plusieurs autres régions de la province.
Au cœur des préoccupations : l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et les restrictions imposées au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) (voir plus bas pour des explications des programmes). Selon les organisateurs, ces changements ont des répercussions directes sur les travailleurs déjà établis au Québec, mais aussi sur les entreprises qui dépendent de cette main-d’œuvre.
Le 2 février 2026, plusieurs organisations représentant le milieu des affaires — dont l’Alliance main-d’œuvre étrangère, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), le Conseil du patronat du Québec (CPQ) et Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) — ont lancé un appel au gouvernement fédéral. Elles estiment que les restrictions actuelles au PTET, combinées à un manque de cohérence entre les politiques d’Ottawa et de Québec, mettent en péril la viabilité de nombreuses entreprises québécoises. Elles réclament notamment l’instauration d’une clause de droits acquis ainsi que des mesures transitoires pour permettre aux employeurs de s’adapter.
Dans ce contexte, la Chambre de commerce et d’industrie de la région de Coaticook (CCIRC) a exprimé son appui à la mobilisation citoyenne et entrepreneuriale. L’organisation demande l’application d’une « clause grand-père », soit une clause de protection des droits acquis, pour les travailleurs étrangers temporaires et les étudiants internationaux déjà établis au Québec sous l’ancien cadre du PEQ.
Parmi les revendications mises de l’avant figurent également la mise en place de mesures transitoires souples permettant aux entreprises de conserver leur main-d’œuvre actuelle, le rétablissement du processus de traitement simplifié, une meilleure coordination entre les gouvernements provincial et fédéral, ainsi que des solutions mieux adaptées aux réalités des petites et moyennes entreprises. Mme Cynthia Corbeil, directrice générale de la CCIRC, évoque une plus grande flexibilité comme piste de solution:
Selon la CCIRC, l’apport des travailleurs issus de l’immigration est essentiel à la vitalité économique de la région. Présents dans des secteurs clés comme l’agriculture, l’agroalimentaire, le commerce de détail, le tourisme et le secteur manufacturier, ces travailleurs sont déjà francisés, intégrés et enracinés dans leur communauté d’accueil. La CCIRC craint que l’abolition soudaine des règles en vigueur au moment de leur établissement crée une rupture de confiance entre l’État et ces nouveaux Québécois. En région, cette situation pourrait entraîner une perte de talents qualifiés à un moment où la pénurie de main-d’œuvre demeure un enjeu majeur.
Dans un sondage de la Fédération des Chambres de Commerce du Québec (FCCQ) concernant l’impact des restrictions du PTET, 72% des répondants estiment que leur région est difficilement (53%) ou pas du tout viable (19%) économiquement en raison de la diminution de l’immigration permanente et temporaire. 35% des répondants estiment que la survie de leur entreprise est à risque en raison des restrictions.
«Faire venir des travailleurs étrangers temporaires est un processus complexe qui exige beaucoup de temps et d’argent de la part des employeurs, simplement pour obtenir la main-d’œuvre nécessaire au fonctionnement et à la prospérité de leur entreprise locale», explique Mme Corbeil, directrice générale de la CCIRC. Selon elle et ses données obtenues de Mme Patricia Gardner, agente d’accueil et d’immigration à la MRC de Coaticook, au début de l’année 2025, près de 200 travailleurs étrangers temporaires, à l’exclusion du secteur agricole, œuvraient dans la MRC de Coaticook, comparativement à environ 150 aujourd’hui. Une diminution qu’elle qualifie de perte importante de ressources sur lesquelles les entreprises s’étaient déjà appuyées :
Les démarches visant à accueillir un travailleur étranger temporaire au sein d’une entreprise peuvent coûter entre 5 000 $ et 15 000 $ par personne à l’employeur, des sommes investies dans une perspective de rétention à long terme.
«Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ces travailleurs qui ont choisi de s’établir dans la MRC de Coaticook et qui contribuent directement à la pérennité de nos entreprises», souligne Dominic Arsenault, propriétaire de l’IGA de Coaticook et administrateur de la CCIRC.
De son côté, Véronique Fontaine, propriétaire de la Ferme piscicole des Bobines, à East Hereford, estime que ces décisions pourraient avoir des conséquences à long terme : «La vision du Québec en matière d’autonomie alimentaire sera compromise si les gouvernements ne revoient pas leurs orientations.»
Qu’est-ce que le PEQ et le PTET
Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) permettait aux travailleurs temporaires et aux étudiants internationaux d’accéder plus rapidement à la résidence permanente après avoir acquis une expérience de travail ou d’études au Québec. Le programme a officiellement pris fin le 19 novembre 2025. Depuis cette date, il n’est plus possible de déposer de nouvelles demandes, tant pour le volet destiné aux travailleurs étrangers temporaires que pour celui visant les diplômés du Québec. Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration poursuit toutefois le traitement des demandes de sélection permanente qui avaient déjà été soumises avant la fin du programme.
Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) permet aux entreprises canadiennes de recruter à l’international lorsqu’elles font face à une rareté de main-d’œuvre locale qualifiée. Pour la majorité des employeurs, ce processus nécessite l’obtention d’une Évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT), un document gouvernemental prouvant la nécessité de faire appel à un candidat étranger. Depuis le 1er janvier 2026, les employeurs du secteur de l’agriculture primaire doivent à nouveau démontrer qu’ils ont tenté de recruter localement avant de solliciter de l’aide internationale. Concrètement, cela signifie qu’il faut obligatoirement soumettre une preuve d’affichage de poste lors du dépôt d’une demande d’EIMT.
Photo : archives CCIRC, gracieuseté