La grogne s’intensifie chez les pharmaciens propriétaires du Québec à la suite d’un amendement au Projet de loi 15, qui pourrait plafonner leurs honoraires professionnels lorsqu’ils traitent avec des assureurs privés. Plusieurs dénoncent une mesure qui risque, selon eux, de réduire les services offerts aux patients.

Proposé notamment par le député solidaire Alexandre Leduc et adopté par le gouvernement, l’amendement vise à limiter les impacts de la surfacturation sur le coût des médicaments et des assurances collectives. Concrètement, il obligerait les pharmaciens à facturer des honoraires équivalents ou inférieurs à ceux versés par la Régie de l’assurance maladie du Québec, réduisant ainsi une part importante de leurs revenus.

Cette décision survient dans un contexte déjà tendu, alors que des négociations étaient en cours depuis plusieurs mois entre l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) et le Ministère de la Santé et des Services sociaux. Les discussions visaient à établir un nouveau cadre de rémunération tenant compte de l’élargissement des responsabilités des pharmaciens, notamment depuis l’adoption du Projet de loi 67.

La dernière entente entre les deux parties, dans le cadre du régime public d’assurance médicaments, est échue depuis le 31 mars 2025. L’ajout de cet amendement a toutefois fait dérailler les pourparlers. L’AQPP a claqué la porte des négociations la semaine dernière.

Sur le terrain, les préoccupations sont bien réelles. À Coaticook, la pharmacienne co-propriétaire Marie-Ève Ouimette, affiliée à Jean Coutu, parle d’une «crise majeure» pour le réseau.

Selon elle, les honoraires professionnels servent à bien plus que rémunérer les pharmaciens. Ils permettent de financer l’ensemble des opérations : salaires du personnel, maintien des heures d’ouverture, consultations gratuites et services comme la livraison de médicaments.

Mme Ouimette rappelle également que les montants versés par la RAMQ ne couvrent déjà pas les coûts réels, faute d’indexation au coût de la vie. Les honoraires facturés aux assureurs privés permettent actuellement de combler cet écart.

Si le plafonnement entre en vigueur, les pharmaciens préviennent qu’ils n’auront d’autre choix que de revoir à la baisse leur offre de services. «Une telle mesure nous forcerait à réduire ce que nous pouvons offrir aux patients», soutient-elle, évoquant aussi un climat d’incertitude qui freine les investissements dans les pharmacies.

Dans ce contexte, les pharmaciens lancent un avertissement clair au gouvernement: sans ajustements, l’accessibilité aux services pharmaceutiques pourrait être compromise à travers la province.

La pharmacienne Marie-Ève Ouimette invite la population à se mobiliser pour soutenir les pharmaciens du Québec dans le contexte des changements proposés au Projet de loi 15.

Elle encourage les citoyens à démontrer leur appui en participant à une campagne en ligne visant à sensibiliser le gouvernement aux impacts potentiels sur les services en pharmacie.

«Chaque geste compte pour faire entendre notre réalité et protéger les services offerts aux patients», souligne-t-elle.

Les personnes intéressées peuvent appuyer la démarche en visitant le site web de la campagne.