Les quatre candidates dans la circonscription de Saint-François ont croisé le fer, lundi soir, au Pavillon des arts et de la culture de Coaticook. L’économie régionale, le projet éolien, le logement et l’avenir des services de santé de proximité ont dominé les échanges.

La députée sortante Geneviève Hébert, de la Coalition avenir Québec, faisait face à Sylvie Tanguay, du Parti québécois, Jacqueline Belleau, du Parti libéral du Québec, et Mia Fréchette, de Québec solidaire.

L’événement était organisé par la Chambre de commerce et d’industrie de la région de Coaticook, CIGN FM 96,7, le journal Le Progrès de Coaticook et la Corporation de développement communautaire de la MRC de Coaticook.

Les questions avaient été préparées conjointement autour de quatre thèmes: le développement économique, l’environnement et les énergies renouvelables, le milieu de vie et la santé ainsi que le développement social. Les journalistes Christian Caron, de CIGN FM, et Vincent Cliche, du Progrès de Coaticook, ont agi comme modérateurs et relanceurs.

Immigration et développement économique

La pénurie de main-d’œuvre a rapidement occupé une place importante dans les échanges. Jacqueline Belleau a plaidé pour une approche régionale de l’immigration afin de répondre plus précisément aux besoins des entreprises.

Geneviève Hébert a défendu les mesures de régionalisation mises de l’avant par son gouvernement, en plus d’insister sur la formation professionnelle et la requalification des travailleurs.

Mia Fréchette a présenté l’immigration comme un élément essentiel à la vitalité économique de la région, tandis que Sylvie Tanguay a soutenu que l’attraction de nouveaux travailleurs devait s’accompagner de logements, de services de garde, de soins de santé ainsi que d’une meilleure couverture cellulaire et d’un accès fiable à Internet.

Les candidates ont également proposé différentes stratégies pour favoriser l’achat local. Québec solidaire souhaite notamment que les institutions publiques s’approvisionnent à 75% en produits québécois. La CAQ propose que chaque organisme public adopte un plan d’achat québécois comportant des cibles précises. Le Parti libéral mise sur une présence accrue des produits d’ici dans les écoles, les hôpitaux et les CHSLD, alors que le Parti québécois promet de réduire le fardeau administratif et fiscal des PME.

Le projet éolien s’invite dans les échanges

La possibilité d’implanter un projet éolien dans la MRC de Coaticook a donné lieu à des réponses prudentes de la part des quatre candidates.

Sylvie Tanguay a soutenu que les citoyens et les municipalités devaient pouvoir influencer l’emplacement et les conditions entourant un éventuel projet. Mia Fréchette a réclamé une information plus claire et une participation accrue d’Hydro-Québec dans le processus.

Geneviève Hébert a rappelé que la demande énergétique du Québec est appelée à augmenter, mais que tout projet devrait être évalué en fonction de son acceptabilité sociale, de ses répercussions environnementales et de ses retombées économiques.

Jacqueline Belleau a estimé qu’il était encore trop tôt pour prendre position. «Il faut aller jusqu’au bout de ce processus», a-t-elle déclaré, en soulignant l’importance des consultations menées auprès de la population.

Les changements climatiques, la protection de l’eau potable, la modernisation des aqueducs et le transport collectif ont également été abordés. Les candidates ont reconnu que les petites municipalités auraient besoin d’un soutien financier accru pour adapter leurs infrastructures aux événements météorologiques extrêmes.

L’urgence de Coaticook au centre du débat

La réduction des heures d’ouverture de l’urgence de Coaticook a suscité l’un des échanges les plus soutenus de la soirée.

Infirmière depuis 23 ans, Sylvie Tanguay a réclamé le retour des CLSC comme principale porte d’entrée du réseau de la santé ainsi que la réouverture complète de l’urgence. Elle a aussi demandé une augmentation du nombre d’ambulances sur le territoire.

Jacqueline Belleau a dénoncé ce qu’elle considère comme une banalisation de la perte de services en région. Elle a promis de travailler avec les acteurs locaux afin de trouver une solution.

Mia Fréchette a proposé la création de 400 pôles de soins de première ligne inspirés du modèle des CLSC. Elle a également insisté sur l’amélioration des conditions de travail du personnel de la santé.

Geneviève Hébert a reconnu que le manque de personnel empêchait actuellement une réouverture de l’urgence jour et nuit. Elle a cependant défendu les mesures mises en place au cours des dernières années, notamment la conversion des horaires de faction des ambulanciers en horaires rémunérés à l’heure, le soutien au GMF et l’élargissement de certains actes professionnels.

«On manque de personnel. On ne peut pas rouvrir l’urgence de Coaticook 24 heures sur 24, sept jours sur sept», a-t-elle affirmé.

Des échanges plus difficiles pour Sylvie Tanguay

La candidate péquiste Sylvie Tanguay a semblé moins à l’aise lors de certaines relances portant sur des éléments précis de la plateforme de son parti.

Questionnée par Geneviève Hébert au sujet de l’abolition proposée du Fonds de développement économique administré par Investissement Québec, elle a reconnu ne pas avoir de réponse immédiate. Elle a aussi hésité dans son explication de la stratégie énergétique du Parti québécois lorsqu’elle a été interrogée par Mia Fréchette sur une réduction évoquée du Fonds vert.

Mme Tanguay s’est montrée plus assurée lorsque les discussions ont porté sur la santé, son domaine professionnel. Elle a notamment défendu l’abolition de Santé Québec, qu’elle considère comme une structure administrative supplémentaire, afin de réinvestir les économies dans les soins de première ligne.

Logement et développement social

En matière de logement, les quatre candidates ont reconnu que les programmes gouvernementaux devaient être mieux adaptés aux projets de petite taille réalisés en milieu rural.

Jacqueline Belleau a rappelé l’engagement libéral de construire 40000 logements sociaux et abordables. Geneviève Hébert a proposé de développer des partenariats avec des fondations et le secteur privé. Sylvie Tanguay a présenté une cible de 20000 logements sociaux, tandis que Mia Fréchette a défendu la proposition solidaire de 50000 logements sociaux, dont la moitié proviendrait de l’acquisition et de la conversion d’immeubles existants.

Le financement des organismes communautaires a également fait consensus, même si les moyens proposés diffèrent. Les candidates ont toutes reconnu la nécessité d’offrir un financement plus stable, prévisible et axé sur la mission des organismes.

La lutte contre la violence faite aux femmes, la montée des discours masculinistes, l’itinérance, le décrochage scolaire et les besoins des jeunes ont complété les discussions.

En conclusion, les quatre organisations à l’origine du débat ont invité les électeurs à exercer leur droit de vote le 5 octobre.