La santé mentale des agriculteurs et des agricultrices demeure un enjeu majeur, souvent invisible et encore trop peu compris. Invitée en studio, Mme Maryse Lecavalier, présidente de Au cœur des familles agricoles (ACFA), a levé le voile sur les réalités complexes vécues par le milieu agricole, tant dans la MRC de Coaticook qu’ailleurs au Québec.

Copropriétaire d’une ferme de foin à Barnston et conjointe d’un producteur laitier et acéricole à Stanstead, Mme Lecavalier connaît intimement le terrain. Son engagement au sein d’ACFA découle d’une expérience personnelle marquante, survenue après un événement tragique ayant mené à la vente d’un troupeau. De fil en aiguille, Mme Lecavalier s’est retrouvée à la présidence de l’organisme, un rôle qu’elle dit aujourd’hui assumer avec bonheur, portée par une mission profondément humaine qui lui tient à cœur.

Un service adapté à la réalité agricole

ACFA offre un service psychosocial gratuit, confidentiel et spécifiquement adapté à la réalité agricole, déployé dans neuf territoires du Québec. Une maison de répis est aussi offerte aux agriculteurs et agricultrices à St-Hyacinthe, en Montérégie. Les travailleuses de rang — comparables aux travailleuses de rue en milieu urbain — se rendent directement sur les fermes afin d’offrir de l’accompagnement, de la sensibilisation et du soutien. En Estrie, on compte actuellement l’équivalent de 1,5 travailleuse de rang en service, alors que Mme Lecavalier souhaite porter ce nombre à deux postes à temps complet dans la région.

« Elles peuvent venir à la ferme, dans le tracteur, et même retirer les vaches avec le producteur s’il le faut. On enlève toutes les barrières possibles à la demande d’aide », souligne Mme Lecavalier.

Mme Lecavalier le rappelle : il n’est ni nécessaire, ni souhaitable, d’attendre d’être en situation de crise pour contacter l’organisme. « Quand on demande de l’aide plus tôt, c’est plus facile d’éviter que la situation se détériore », rappelle-t-elle. Près de la moitié des demandes d’aide proviennent de proches inquiets plutôt que de la personne elle-même en situation de détresse. Pour Mme Lecavalier, tous les chemins sont bons pour garder la tête hors de l’eau : l’important est de ne pas hésiter à en parler. La présidente souhaite rassurer les personnes qui hésitent à demander de l’aide : « Vous n’êtes pas seuls. En 2024-2025, ce sont 8 410 interventions qui ont été réalisées et 1 600 personnes qui ont été aidées. »

Une pression multiple et constante

Charge de travail élevée, blessures physiques, conflits familiaux, transferts de ferme, enjeux financiers, paperasse administrative et manque de relève figurent parmi les principaux facteurs qui fragilisent la santé mentale des producteurs. À cela s’ajoute l’isolement social, accentué par l’éloignement géographique et l’effritement des liens communautaires traditionnels selon Mme Lecavalier.

La pression de maintenir une bonne réputation dans un petit milieu freine aussi la prise de parole. « On ne veut pas nuire à la ferme, à la famille, alors on garde ça pour soi. De plus en plus de producteurs ont eux-mêmes besoin d’aide alimentaire, par exemple. Il y a parfois une honte associée à cette réalité », confie Mme Lecavalier.

Recréer le tissu communautaire

L’organisme travaille activement à briser l’isolement par des cafés-rencontres, des conférences et des activités de sensibilisation. « Avant, il y avait le perron de l’église, les voisins se parlaient davantage. Aujourd’hui, il faut recréer ces espaces de rencontre », explique la présidente.

Mme Lecavalier insiste également sur la responsabilité collective. « Quand on mange, on est tous concernés par la santé mentale de nos producteurs. « C’est notre autonomie alimentaire, notre système de santé, notre société entière qui en dépend », insiste Mme Lecavalier, rappelant que la santé mentale des agriculteurs nous concerne tous.

En conclusion, Mme Lecavalier lance un message sans équivoque aux agriculteurs et agricultrices en difficulté : « Le pire qui peut arriver en demandant de l’aide, c’est d’aller mieux. C’est gratuit, confidentiel, et ça peut vraiment faire la différence. Prenez soin de vous, vous êtes essentiels. »

Il est possible de consulter le site web d’ACFA en cliquant ici et de demander de l’aide à partir des onglets « J’ai besoin d’aide » ou « Aider un proche ».
Il est également possible de faire une demande par téléphone au 1-450-768-6995 ou par courriel à aide@acfareseaux.qc.ca.

Sondage sur la santé mentale

Les agriculteurs et les éleveurs sont invités à participer à une enquête nationale sur la santé mentale en agriculture.

Menée par l’Université de Guelph, en Ontario, en collaboration avec le Centre canadien pour le bien-être agricole, la troisième édition de l’« Enquête nationale sur la santé mentale des agriculteurs et des éleveurs au Canada » a été lancée le 16 février 2026 par l’Union des producteurs agricoles (UPA).
Il s’agit d’un sondage confidentiel d’une durée d’environ 20 minutes visant à mieux mesurer et comprendre le stress, l’anxiété, la résilience et le bien-être dans le secteur agricole. Ouverte aux producteurs de partout au Canada et à tous les types d’exploitations agricoles, l’enquête se déroule jusqu’à la fin mars 2026. Les participants courent également la chance de gagner l’un des cinq prix de 200 $.