Alors qu’Hydro-Québec a annoncé le 6 février 2026 son calendrier en vue du démantèlement du barrage de la Chute-Burroughs, la municipalité de Stanstead-Est réaffirme son désaccord. La mairesse, Paméla B. Steen, estime que la disparition de l’ouvrage entraînerait des pertes concrètes pour une dizaine de propriétaires riverains ainsi que pour la collectivité, notamment en ce qui concerne la réserve d’eau.

Sans contester la propriété du site ni vouloir en assumer la responsabilité financière, la municipalité admet que sa marge de manœuvre est restreinte. Elle continue toutefois de rappeler à Hydro-Québec l’importance du barrage et du bassin de rétention pour sa communauté. Mme B. Steen :

Mis en service en 1930 par la Southern Canada Power Company, le barrage a été intégré au réseau d’Hydro-Québec lors de la nationalisation de l’électricité en 1963. Sa centrale hydroélectrique, d’une capacité de 2 mégawatts, a cessé ses activités en 2010 en raison de défaillances mécaniques et d’une rentabilité jugée insuffisante. Depuis, l’infrastructure ne produit plus d’électricité. La municipalité a fait l’acquisition de l’ancienne centrale hydroélectrique du secteur et de son terrain, qu’elle a aujourd’hui transformés en parc pour ses citoyens et pour les visiteurs : le parc des Chutes-Burrough. L’ancienne centrale a été restaurée à des fins de conservation du patrimoine.

Des coûts trop importants

Selon la mairesse de Stanstead-Est, Hydro-Québec a amorcé des discussions «il y a quelques années déjà». La première question posée à la municipalité : souhaitait-elle acquérir le barrage ?

«Bien entendu, on ne voulait pas mettre la responsabilité d’un barrage hydroélectrique sur nos citoyens. Ce sont des grosses dépenses et une très grande responsabilité» en parlant des normes de sécurité notamment, explique-t-elle.

La municipalité a rapidement écarté l’idée de devenir propriétaire de l’infrastructure, invoquant les coûts potentiels de plusieurs millions de dollars à court terme pour la petite municipalité d’environ ** citoyens ***. Les risques associés à la gestion d’un ouvrage hydraulique étaient aussi un des points contre l’achat. Cela dit, le conseil municipal, tant l’ancien que, selon elle, probablement le nouveau conseil élu, aurait préféré que le barrage demeure en place, quitte à ce qu’Hydro-Québec ou le gouvernement en assure la conservation.

Une dizaine de propriétés directement touchées

Hydro-Québec a tenu une consultation ciblée auprès des propriétaires situés en bordure du bassin de rétention. Selon la mairesse, il y aurait «une dizaine» de propriétés concernées, un mélange de résidences et au moins une exploitation agricole. Actuellement, ces terrains jouxtent le bassin formé par le barrage. En cas de démantèlement, la configuration du plan d’eau changerait radicalement : la rivière Niger retrouverait un débit plus étroit et naturel, réduisant considérablement la superficie d’eau stagnante.

«Leur terrain (celui des citoyens) va rester exactement le même, mais leur accès à l’eau va être beaucoup plus loin. Il faudra passer sur le terrain d’Hydro-Québec pour être au bord de l’eau», précise-t-elle.

En effet, la société d’État possède une bande de terrain longeant les deux rives de la rivière, ce qui signifie que la nouvelle ligne d’eau ne deviendrait pas automatiquement propriété des riverains.

Pêche, petites embarcations et réserve d’eau

Photo du Parc des Chutes-Burrough

Au-delà de la question foncière, la municipalité met de l’avant plusieurs usages actuels du bassin. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un vaste plan d’eau, le réservoir est utilisé pour la pêche et, à petite échelle, pour la navigation en chaloupe.

«Il y avait quand même beaucoup de pêche à cet endroit-là. Donc ça aussi, ce sont des gens en majorité de notre municipalité qui vont être impactés, parce que la place à pêche va être enlevée», souligne la mairesse.

Le conseil évoque également un enjeu de sécurité civile. Dans un contexte marqué par des épisodes de sécheresse plus fréquents au cours des dernières années, le bassin constitue une réserve d’eau accessible en cas d’incendie ou d’urgence. «On avait quand même un souci de réserve d’eau qui est là à disponibilité si jamais les pompiers en auraient besoin», dit-elle.

Un écosystème déjà transformé depuis 100 ans

Hydro-Québec présente le projet comme une occasion de «renaturaliser» la rivière Niger et de reconnecter les écosystèmes aquatiques, en rétablissant des conditions similaires à celles qui prévalaient avant la construction du barrage, à la fin des années 1920. La municipalité nuance cet argument. «Depuis les 100 dernières années, la faune et la flore ont refait leur vie avec le bassin de rétention», fait valoir la mairesse, laissant entendre que l’écosystème actuel s’est adapté à la présence du plan d’eau.

Le projet prévoit une évaluation environnementale complète afin d’identifier les zones sensibles, les impacts potentiels et les mesures d’atténuation. Les études préliminaires et consultations publiques sont planifiées entre 2025 et 2028, suivies des autorisations gouvernementales et de l’ingénierie détaillée entre 2029 et 2030. Les travaux de démantèlement et de restauration du site sont envisagés pour 2030 et 2031, sous réserve des approbations réglementaires.

Aucun impact sur le parc municipal

La municipalité précise toutefois que le parc situé au bas de la chute, le Parc des Chutes-Burrough, ne devrait pas être affecté par le retrait du barrage. Depuis la fermeture de la centrale en 2010, les vannes ont été fermées et l’ouvrage fonctionne par débordement (overflow). Le débit observé à la chute en aval ne changerait donc pas de façon significative après le démantèlement, selon les informations disponibles de la mairesse.

Quant à la méthode de démolition, la mairesse s’attend à un processus graduel. Elle évoque la possibilité d’assécher partiellement certaines sections du bassin, de pomper l’eau et de gérer les sédiments accumulés — «beaucoup de résidus» — afin d’éviter un relâchement massif en aval.

«On n’est pas d’accord, mais…»

Malgré son opposition, la municipalité reconnaît les limites de son pouvoir d’intervention. «On s’est quand même opposé au projet. On n’est toujours pas d’accord maintenant. Mais on comprend bien qu’on a peu de pouvoir. C’est leur terrain et leur barrage donc ils peuvent décider d’en faire ce qu’ils veulent. On ne peut pas les forcer à le garder», rappelle Mme B. Steen. La municipalité ne peut que réitéré son souhait.

Hydro-Québec, de son côté, maintient que le barrage ne présente plus de potentiel énergétique réaliste et que son démantèlement constitue la solution à long terme la plus appropriée. Le dossier du barrage de la Chute-Burroughs s’échelonnera sur une longue période, puisque le début du démantèlement n’est pas prévu avant 2030.

Pour lire l’article concernant l’annonce du démantèlement par Hydro-Québec, cliquez ici.