On enregistre une augmentation du nombre de tiques et de tiques porteuses de pathogènes au Québec. Toutefois, la situation n’affole pas l’entomologiste Jade Savage qui estime que nous devons apprendre à cohabiter avec elles. 

La Dre Jade Savage est entomologiste et professeure à l’Université Bishop’s. Elle étudie les tiques et leurs populations partout au Canada, notamment avec eTick, une plateforme web qui répertorie les tiques soumises par les citoyens partout au pays.

Au Québec, on retrouve une douzaine d’espèces de tiques, mais ce sont les tiques à pattes noires qui sont les plus répandues. On les retrouve sur une plus grande aire de répartition et en plus grande quantité. Dre Savage est claire : «ça continue d’augmenter, on n’a clairement pas atteint un plateau et on peut s’attendre à ce que ça continue de s’accélérer dans les prochaines années».

Mais pourquoi le nombre de tiques augmente-t-il? Eh bien ce sont surtout les changements climatiques qui sont en cause. Les changements de température ont favorisé sa croissance au Québec. Aussi, plusieurs modifications dans le paysage, comme la construction de chalets par exemple, a favorisé la présence de petits rongeurs, ce qui a aussi favorisé la présence des tiques qui aiment s’y accrocher.

«On a modifié l’environnement d’une façon qui leur bénéficie beaucoup», explique l’entomologiste.

Et les maladies?

Bien sûr, les tiques en elles-mêmes ne suscitent pas vraiment de peur, ce sont plutôt les agents infectieux qu’elles transportent et qu’elle transmettent qui inquiètent. «On parle de la maladie de Lyme, mais la tique à pattes noires peut aussi transporter d’autres pathogènes comme l’anaplasmose», expose Dre Savage.

«On a aussi la babésiose dont on parle un peu moins. On la voit plus aux États-Unis, mais elle va sûrement finir par arriver ici. Pour l’instant, c’est très rare», poursuit la professeure.

En ce qui concerne la proportion de tiques infectées, on observe aussi une augmentation de ce côté. Dre Savage indique que, selon la zone, 5% à 10% des tiques étaient porteuses de pathogènes il y a une dizaine d’année. Maintenant, selon le secteur, le chiffre peut monter jusqu’à 30% et même 50%.

«Il y a certains endroits ou on est encore à 5% ou même à 0% alors c’est important de ne pas généraliser, nuance Dre Savage. Mais oui il y a plus de tiques et plus de tiques infectées sur le territoire du Québec.»

S’habituer à la présence des tiques

Lorsqu’elles sont bien identifiées, les infections transmises par les tiques se soignent généralement très bien. Ainsi, avec l’augmentation du nombre de tiques, l’enjeu principal demeure d’avoir accès aux bonnes informations et aux bonnes ressources lorsque c’est nécessaire.

«On est dans une période de transition où au Québec, on va devoir apprendre à vivre avec les tiques. Par exemple, on est habitués de vivre avec les moustiques, qui peuvent aussi transmettre un paquet de virus et de pathogènes. Mais on est habitué de vivre avec eux, alors on est moins stressé», fait valoir Dre Savage.

N’étant pas habitués à cohabiter avec les tiques, on a parfois du mal à savoir quand s’inquiéter, quand ne pas s’inquiéter et vers quelles ressources se tourner en cas de besoin, explique-t-elle. «Souvent, quand on a été piqué par une tique, on est très stressé et on a tendance à aller voir sur internet toute sorte d’affaires qui peuvent faire très peur.»

Plusieurs ressources comme la plateforme eTick, les pharmaciens et les informations transmises par le gouvernement du Québec permettent justement de savoir quand et comment agir après une piqûre de tique et aussi quand ne pas s’inquiéter.

«Le but de la plateforme eTick, du support des pharmaciens, c’est d’alléger la pression sur le système de santé. S’il fallait que tous les Québécois qui se font piquer par une tique se présentent à l’urgence, ça serait fou!», ajoute l’entomologiste.