Sur la photo, Alicia Laroche lors de la réception de son prix serrant la main à M. Jean Arel

Alicia Laroche, jeune hockeyeuse de 17 ans, reçoit son premier prix d’envergure

Le Théâtre Granada de Sherbrooke, rempli d’athlètes, d’entraîneurs et de proches, a accueilli le 45e Gala du Mérite sportif de l’Estrie le 4 février 2026, afin d’honorer les sportifs s’étant démarqués au cours de la dernière année. Le prix «Coup de cœur» du comité de sélection a été décerné à Alicia Laroche, une jeune hockeyeuse de 17 ans originaire de Coaticook, qui évolue avec le Phoenix de Sherbrooke (M18 AA féminin).

Pour Alicia, c’était une première : une première présence au gala, une première montée sur scène et une première reconnaissance publique d’envergure, après plusieurs mois hors du commun, marqués par son combat contre une leucémie lymphoblastique aiguë de type B depuis août 2024.

Un appel inattendu, puis une invitation au gala

Alicia raconte avoir appris la nouvelle de façon très simple, sans vraiment comprendre de quoi il s’agissait ni mesurer l’ampleur de l’invitation : un appel reçu sur le téléphone cellulaire de sa mère, avec une demande de lui parler directement. À l’autre bout du fil, Jean Arel, journaliste et bâtisseur de l’évènement, lui explique le déroulement du gala, ses objectifs, et lui annonce qu’elle a été choisie «Coup de cœur», le comité de sélection ayant été inspiré par son parcours.

Elle ignore combien de candidatures étaient à l’étude ou qui a proposé son nom. Contrairement à d’autres catégories où des finalistes sont présentés, le prix « Coup de cœur » fonctionne différemment : il s’agit d’un choix final du comité, sans mise en compétition entre des nommés ou des finalistes sur scène.

«C’est sûr que ça rend fière», confie-t-elle, tout en admettant avoir trouvé le moment un peu gênant. Seule sur scène, devant une foule nombreuse et dans le cadre d’un événement qu’elle ne connaissait pas auparavant, Alicia dit avoir vécu une soirée «toute nouvelle», mais «le fun» : une vitrine de disciplines variées et de parcours différents, et la preuve, à ses yeux, qu’en Estrie aussi, de nombreux athlètes méritent d’être célébrés.

Alicia Laroche raconte comment elle a appris l’annonce et comment elle a vécu le gala:

Une maladie, mais un parcours qui déjoue les attentes

Derrière ce prix se trouve le combat contre une maladie diagnostiquée en août 2024. Alicia évoque un parcours au cours duquel, malgré la rigueur du protocole de traitements de chimiothérapie et les contraintes imposées par l’équipe médicale, elle a souvent surpris son entourage, y compris les médecins, avec des résultats de santé meilleurs que ceux qu’on lui prédisait. Le plus difficile pour elle a été de s’adapter au rythme des médecins, alors qu’elle souhaitait avancer à vitesse grand V.

Elle dit avoir été «chanceuse». Chanceuse dans le sens où son état de santé a évolué rapidement et où son niveau d’énergie ne correspondait pas à l’image qu’elle s’était faite de la maladie. Initialement, à l’annonce de sa leucémie, Alicia associait la maladie à l’épuisement, à l’immobilité et à l’incapacité de bouger.

Dans sa réalité, c’était parfois l’inverse, et heureusement. Elle raconte sortir de longues séances de chimiothérapie avec une énergie qui dépassait les attentes. Là où certains imaginent une sortie en fauteuil roulant, elle décrit une version d’elle-même prête à bouger, prête à vivre, prête à retourner au hockey. Cette énergie, dit-elle, a parfois été difficile à canaliser : le défi n’était pas seulement l’état physique, mais d’accepter les limites imposées par les médecins, qui devaient suivre un protocole et éviter les risques.

Ce qui a été le plus dur, explique-t-elle, ce n’était pas forcément les symptômes. Le plus difficile c’était d’attendre, de se faire dire non, de devoir freiner alors qu’elle se sentait capable d’avancer plus vite et qu’elle aurait aimer avancer davantage sur la glace.

Revenir au hockey absolument

Dans son témoignage, un thème revient sans cesse : le hockey comme moteur. Alicia explique que ce qui l’a soutenue jour après jour, c’était l’idée de retourner au hockey. Elle souligne l’importance du soutien de sa famille et des échanges avec ses amies, mais l’objectif qui donnait une direction claire à tout le reste demeurait la glace.

Son retour n’a toutefois pas été un simple «come-back» spectaculaire du jour au lendemain, comme elle l’a elle-même mentionné. Elle décrit plutôt un long processus de remise en forme, d’entraînement et d’adaptation, amorcé à peine cinq mois après l’annonce de son diagnostic de leucémie. Dès décembre 2024, elle recommençait à fréquenter la salle d’entraînement musculaire afin de retrouver la force que les séjours à l’hôpital lui avaient fait perdre. Avant même de pouvoir disputer des matchs, elle était déjà dans l’effort, dans la routine d’entraînement et dans la volonté de suivre le rythme — même «à moitié», dit-elle — pour rester connectée à son sport. En novembre 2025, elle a effectué un retour à la compétition sur la glace, retrouvant graduellement son rythme avec le Phoenix.

Son parcours est également marqué par plusieurs embûches survenues avant la maladie, notamment des blessures et des opérations au pied et à la cheville ayant interrompu certaines saisons. «J’ai comme été trois saisons sans jamais faire une saison complète», résume-t-elle. En 2019, elle avait notamment subi une opération au pied.

Sa résilience ne date donc pas d’hier. Si la maladie a ajouté une montagne immense à son parcours, la jeune sportive avait déjà appris, bien avant, à se relever.

Inspirer, même sans s’en rendre compte

Le prix «Coup de cœur» récompense une performance, oui, mais surtout une histoire. Et Alicia en est consciente… parfois seulement après coup.

Sur le moment, elle dit ne pas toujours réaliser l’impact que son parcours peut avoir sur les autres jeunes qui peuvent traverser des épreuves importantes. Mais en y repensant, elle voit ce que son histoire peut laisser derrière. Si elle peut inspirer ne serait-ce qu’une personne, une jeune fille, un jeune garçon, quelqu’un qui traverse une maladie ou une période difficile, alors ça devient «une personne de plus» qui se battra, qui gardera une étincelle de motivation.

Son message est simple et sincère : ne pas lâcher et croire qu’on peut s’en sortir.

Finir la saison en force… et viser grand

À court terme, Alicia reste très ancrée dans le concret en nommant comme objectif de réussir les tournois, les séries et les étapes à venir de la saison de hockey actuelle.

À plus long terme, elle rêve sans tomber dans l’illusion. Lorsqu’on lui demande si les Jeux olympiques font partie de ses objectifs, elle répond oui, mais avec lucidité : la maladie lui a mis «des bâtons dans les roues», dit-elle. Pourtant, elle ajoute aussitôt : «On ne sait jamais.» Une phrase d’espoir essentielle, alors qu’elle aimerait se rapprocher de la carrière sportive de son idole, Marie-Philip Poulin, joueuse québécoise de hockey sur glace évoluant dans la Ligue professionnelle de hockey féminin au sein de l’équipe Victoire de Montréal.

Ce désir de viser haut se conjugue à une autre certitude; celle de suivre les Jeux olympiques de près, coûte que coûte, en trouvant un moyen de regarder le hockey féminin, de suivre et de rester connectée. Son idole fera partie de l’équipe canadienne féminine de hockey sur glace représentant le Canada aux Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026.

Une soirée, un symbole

Au final, le gala aura été pour elle à la fois une surprise et un rappel qu’elle aussi inspire la jeunesse à rester déterminée dans l’atteinte de ses objectifs. Alicia revient dans son sport avec une grande soif et refuse de laisser la maladie définir son horizon. Elle a reçu, de la part d’un comité, d’une communauté sportive et d’une région, une forme de reconnaissance qui dit : on t’a vue, on t’a suivie, et tu as marqué les gens.

Et à 17 ans, avec une fin de saison à jouer et des rêves encore ouverts, cette histoire est loin de ressembler à une conclusion.

Photos: gracieuseté d’Anik Ferland