En réponse à une demande du gouvernement du Québec, la Ville de Coaticook a annoncé, lors de sa séance du conseil municipal du lundi 12 janvier 2026, qu’elle ira de l’avant avec l’installation de compteurs d’eau dans le secteur commercial. Cette demande gouvernementale vise à mieux mesurer la consommation d’eau potable et à encourager une utilisation plus responsable de cette ressource, tant chez les entreprises que dans les institutions publiques, a expliqué la Ville.

La Ville fournira les compteurs d’eau, mais les propriétaires devront assumer les frais liés à la main-d’œuvre — notamment l’embauche d’un plombier accrédité — ainsi qu’aux travaux de plomberie. Une fois l’installation complétée, les commerçants pourront déposer une demande de remboursement afin de récupérer une partie des coûts, selon les paramètres établis par la municipalité ci-dessous. Les délais pour l’installation de ces dispositifs ne sont pas précisés ainsi que les dates limites pour obtenir un remboursement des frais d’installation.

Le montant de la compensation varie selon la taille de l’entrée d’eau. La Ville de Coaticook a établi les plafonds suivants pour les frais d’installation :

  • 15 mm (½ pouce) : jusqu’à 350 $
  • 20 mm (¾ pouce) : jusqu’à 400 $
  • 25 mm (1 pouce) : jusqu’à 450 $
  • 40 mm (1½ pouce) : jusqu’à 900 $
  • 50 mm (2 pouces) : jusqu’à 1 000 $

La Ville indique que d’autres détails concernant le programme et la procédure de demande de compensation seront communiqués aux commerçants au cours des prochaines semaines.

Selon des entreprises de plomberie de Coaticook, les montants prévus pour l’installation pourraient, dans certains cas, suffire à couvrir la totalité de la facture. Les entrepreneurs consultés parlent de frais d’installation similaire à l’échelle de remboursement de la ville. Toutefois, ils précisent que chaque cas est unique et que la disposition des tuyaux ou leur état peut compliquer certaines installations et ainsi augmenter la facture. M. Paul Junior Lajeunesse, maître plombier à Coaticook précise :

Les modalités d’installation varient d’une municipalité à l’autre, mais, de façon générale, ce sont les villes qui prennent en charge l’entretien des compteurs, selon le guide de Pensez Bleu, financé par le Fonds bleu du gouvernement du Québec et propulsé par Réseau Environnement. Pour l’instant, la Ville n’a pas indiqué qu’elle rembourserait d’autres coûts liés à cette mesure.

La Ville ne précise pas non plus l’usage qu’elle compte faire des données recueillies. Selon le guide Pensez Bleu, « les données provenant des compteurs d’eau résidentiels sont utilisées par les municipalités à des fins strictement statistiques et demeurent confidentielles ». Le guide ne précise pas le contexte de cette collecte au niveau commercial.

L’installation d’un dispositif anti-refoulement sera à vos frais et obligatoire

À la visite du plombier accrédité, une charge supplémentaire pourra s’ajouter pour plusieurs commerçant. Ceux-ci seront tenus de se conformer au Code du bâtiment de la Régie du bâtiment du Québec, qui exige l’installation d’un dispositif anti-refoulement (DAR) afin de prévenir la contamination du réseau d’eau potable. Comme il s’agit d’une obligation légale, la Ville ne remboursera ni l’achat ni l’installation de ces dispositifs.

M. Lajeunesse, maître plombier à Coaticook, nous informe que ces dispositifs pourraient varier de prix allant de 250 $ à 1000$ par dispositif tout dépendant de la vocation de l’entreprise. De plus, les frais liés au temps d’installation seront à la charge du commerçant et varieront en fonction du niveau de protection requis, un système plus complexe nécessitant un temps d’installation plus long.

Un dispositif anti-refoulement (DAR) peut prendre différentes formes selon le niveau de protection requis, explique M. Lajeunesse.

Dans sa version la plus simple, il se présente sous la forme d’un clapet muni d’un ressort, qui permet l’écoulement de l’eau dans un seul sens et se ferme automatiquement en cas de tentative de retour. Dans sa version plus complexe, le DAR peut comprendre plusieurs mécanismes de blocage, installés à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment, ainsi qu’une coupure à l’air. Cette configuration empêche qu’une baisse de pression dans le réseau d’aqueduc provoque un phénomène de siphonnage, c’est-à-dire l’aspiration de l’eau du réseau privé vers le réseau public. Ce type de situation peut notamment survenir lors de l’utilisation d’une borne-fontaine par les pompiers, par exemple pour combattre un incendie, ce qui entraîne une chute soudaine de pression dans le réseau, précise le maître plombier.

Ce qui sera une nouvelle dépense récurrente pour ces commerçants qui devront se conformer à la norme sont les frais de vérification des dispositifs qui devront être fait chaque année, des frais pouvant généralement varier entre 200 $ et 1000$ estime l’entrepreneur de Coaticook, M. Lajeunesse.

Combien coûtera ce projet à la Ville?

Alors que les compteurs seront fournis par la Ville et que l’installation sera partiellement remboursée, il reste à savoir quel budget la municipalité a réservé à cette mesure et si elle bénéficiera de subventions provenant d’autres paliers de gouvernement.

Selon l’estimation disponible d’une autre entreprise de plomberie de la MRC de Coaticook, le coût total d’un compteur d’eau à lecture manuelle — incluant l’équipement, l’installation et les taxes — pourrait varier entre 800 $ et 4 000 $ par entrée d’eau. Deux principaux facteurs influencent le prix : le diamètre de la conduite et la pression de l’eau. Plus le diamètre est grand, plus le matériel est coûteux. Lorsque la pression est élevée — par exemple entre 100 et 110 PSI —, des matériaux plus résistants, comme l’acier inoxydable, doivent être utilisés, ce qui peut faire grimper considérablement la facture.

Le compteur d’eau à lecture manuelle à lui seul (qui sera fourni par la ville), pour une entrée d’eau d’un pouce de diamètre pourrait coûter environ 400 $ tandis qu’un compteur pour une conduite de deux pouces pourrait valoir entre 1 600 $ et 1 800 $. Pour des compteurs avec une prise de lecture à distance, le motant de l’appareil pourrait presque doubler selon cette même entreprise de de la région.

Sommes-nous les seuls?

Dans la MRC de Coaticook, la municipalité de St-Herménégilde a déjà procédé à l’installation de compteurs d’eau pour l’ensemble de ses usagers, y compris dans le secteur résidentiel, il y a un peu plus d’un an. Cette décision visait notamment à répondre aux problèmes récurrents de pénurie d’eau en période de canicule ou de sécheresse, ainsi qu’à s’assurer que les réserves municipales ne soient pas utilisées de façon abusive, par exemple pour le transport d’eau vers une ferme voisine. L’installation de ces compteurs permet également de détecter d’éventuelles fuites dans le réseau municipal ou chez les citoyens, qui peuvent entraîner un gaspillage important d’eau. M. Lajeunesse a été chargé de l’installation des compteurs dans 37 résidences du secteur.

En observant le compteur, il est possible de repérer une perte anormale survenue pendant la nuit, alors qu’aucun appareil électroménager n’est en fonctionnement. Selon Pensez Bleu, une toilette qui fuit peut gaspiller jusqu’à 950 litres d’eau par jour, tandis qu’un robinet qui fuit peut entraîner une perte quotidienne de 140 à 680 litres.

En 2023, au Québec, la majorité des bâtiments non résidentiels (70 %) disposaient de compteurs d’eau, tandis que seulement 14 % des habitations en étaient équipées. À l’échelle canadienne, 63 % des foyers possèdent un compteur résidentiel, et cette proportion atteint 92 % en Ontario, rapporte Pensez Bleu. 

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